08 septembre 2007 ~ 0 Commentaire

LA GAUCHE D’APRES Texte adopté lors de la convention nationale de PRS le 1er juillet à Bordeaux

LA GAUCHE D’APRES

Texte adopté lors de la convention nationale de PRS le 1er juillet à Bordeaux  

 

 

 

 

 

6 mai 2007. Les urnes ont parlé. Leur verdict est sans appel. (…) La gauche d’hier n’est plus. Mais la gauche d’après reste à inventer. (…) Encore faut-il pour mener à bien cet immense chantier avoir les idées claires sur les raisons de la défaite et sur le visage que pourrait prendre la gauche d’après. Depuis la fondation de l’association, c’est précisément à cet effort de la pensée et de l’action que se sont attelés les militants de PRS. (…)

 

PREMIERE PARTIE : LA GAUCHE DANS L’IMPASSE  

 

 

I. LA GAUCHE D’APRES… LE 6 MAI 2007  

 

 

Le scrutin présidentiel de 2007 ouvre une nouvelle période politique. (…) Il clôt cinq années de pouvoir de droite marquées par de sévères confrontations sur le terrain social et électoral. (…) C’est la première fois depuis plus de trente ans qu’un pouvoir sortant a été renouvelé par les urnes. C’est la première fois depuis plus de trente ans qu’un candidat de droite obtient près d’un suffrage sur trois au premier tour. C’est la première fois depuis plus de trente ans que la droite en France l’emporte en assumant une identité libérale-sécuritaire proposée sans fard au pays comme issue à la crise sociale qui le ronge et à la crise de sa représentation politique collective. Rien d’utile ne peut être entrepris à gauche qui ne parte d’une analyse lucide de la défaite. Avant de se relever, il faut admettre que l’on est à terre. Avant de se remettre en marche, il faut comprendre ce qui vous a fait chuter. (…)

A) LA FRANCE EN 2007 : UN PAYS EXASPERE, UNE IMMENSE EXIGENCE DE CHANGEMENT

(…) En fait, la France de 2007 est en plein état d’urgence politique. Ce qui caractérise le mieux notre peuple est son exaspération. Les principes censés produire le consentement à l’autorité ne sont soit plus perçus, soit plus compris, soit plus admis. Cette crise de légitimité se constate dans toutes les catégories sociales, des émeutes urbaines dans les quartiers à l’incivisme fiscal revendiqué comme un acte de résistance légitime par les plus riches. Le déroulement de la campagne a confirmé à la fois la force des exaspérations accumulées et la volonté de trouver une issue à la crise. Déjà la fin d’année 2006 avait connu un très grand nombre de nouvelles inscriptions sur les listes électorales. (…) L’intérêt pour le débat ne s’est jamais démenti. L’urgence sociale a continué de travailler le pays : plusieurs grèves ont éclaté dans le cours même de la campagne, notamment dans le secteur privé. Au premier tour, la participation atteint un niveau exceptionnel. Par rapport à 2002, 8,2 millions de votes supplémentaires ont été exprimés. (…) En se hissant d’un coup à 85%, le niveau de participation est revenu à celui de la première élection présidentielle de la Ve République, en 1965. Il y avait donc une exigence de changement considérable. Force est de constater que la droite a su y répondre tandis que la gauche n’est pas parvenue à l’orienter. Il faut s’efforcer de comprendre pourquoi.

B) COMMENT LA DROITE A GAGNE

Une chose est sûre : Sarkozy n’a pas gagné en écoutant les rengaines à la mode qui proclament la fin des idéologies et des organisations collectives et rangent la rupture au rayon des gros mots. Pour emporter l’élection présidentielle, il a reconstruit un projet idéologique assumé et un parti de combat pour le porter.

1°) LES DROITES IDEOLOGIQUEMENT REUNIFIEES

 

Sarkozy s’est vanté d’être le premier homme de droite à avoir lu Gramsci et ses écrits expliquant comment un camp politique peut conquérir une hégémonie culturelle pour entraîner la société de son côté. En réalité, Le Pen l’avait fait avant lui. L’un comme l’autre se sont abreuvés à une source commune : les travaux de la Nouvelle Droite du début des années 80. Ceux-ci annonçaient déjà que pour préparer un « mai 81 de droite », il fallait ramener le débat sur les thèmes favorables à la droite : les « trois i » d’insécurité, immigration et identité. Sarkozy a mené la bataille des idées. (…). Il a incarné une droite clairement assumée et extrêmement idéologisée. N’est-il pas allé jusqu’à ressusciter de très vieux débats sur les places respectives de l’inné et de l’acquis ? Sa stratégie a été de réaliser une synthèse politique réunifiant idéologiquement les droites (ce qui lui a permis de réduire fortement le vote FN au premier tour) et de s’appuyer sur cette force pour convaincre la majorité de nos concitoyens.

2°) UN PARTI COMME INSTRUMENT

Mais Sarkozy a aussi construit sa victoire grâce à un parti dédié à cette cause. Reprenant là encore les enseignements de Gramsci, il a compris l’importance d’un parti politique pour construire une adhésion majoritaire à son projet. (…). Un travail systématique de renouvellement et de formation des cadres a été mené. Un renforcement militant de l’UMP a été entrepris, avec un soin minutieux apporté à la formation et à la mise en action des nouveaux adhérents. (…)

C) COMMENT LA GAUCHE A PERDU

Le paradoxe est frappant. En 2002, la droite remporte l’élection présidentielle. Ses principaux dirigeants entament malgré tout des remises en cause fondamentales. L’UMP est créée à la demande de Chirac et le RPR disparaît. Nicolas Sarkozy commence sans tarder à construire sa stratégie de « rupture » pour 2007. A l’inverse, la gauche, pourtant battue dès le premier tour, se refuse aux remises en cause. Au Parti socialiste, le réformisme de gauche de François Hollande succède au réalisme de gauche de Lionel Jospin. Et les dirigeants font majoritairement l’erreur de croire que la défaite de 2002 n’est rien de plus que l’effet du « balancier de l’alternance », qui repassera dans le bon sens en 2007.

1°) LE DISCOURS DE GAUCHE INAUDIBLE

La direction du parti socialiste et les responsables de la campagne de Ségolène Royal ont misé sur un rejet mécanique de la droite. La désignation interne acquise, l’essentiel de leur stratégie a été de faire apparaître la candidate socialiste comme le seul « vote utile » pour battre la droite. (…) On pourrait faire la liste des thèmes mis en débat et portés à large échelle par la droite face auxquelles la gauche s’est montrée soit défaillante soit inaudible. Qu’a-t-il été répondu à ceux qui disent qu’il faut bâtir une France de propriétaires ? A l’idée qu’il faudrait alléger l’imposition des successions pour permettre à chacun de transmettre un patrimoine à ses descendants ? A l’idée que la fiscalité française, en faisant partir les riches, augmenterait le nombre de pauvres ? Face à la thèse sarkozienne rendant les plus pauvres responsables de la crise du pays, il a manqué une orientation reconnaissant de la même manière l’urgence sociale et politique, mais désignant clairement les véritables responsables et profiteurs du système. (…) Dès lors la gauche a manqué d’un projet cohérent, constant et combatif face à celui de la droite. (…)

2°) LA CRISE DES PARTIS DE GAUCHE

Autant Sarkozy a bénéficié de l’existence d’un parti en ordre de bataille, autant les partis de gauche se sont montrés incapables d’entraîner la société. Jamais dans une campagne électorale la crise des organisations de gauche n’a été aussi évidente. Elle touche chacune d’elles sans exception. La crise du Parti socialiste s’est notamment manifestée par la manière dont sa candidate a été désignée, à partir d’une association extérieure, et sur les bases d’une contestation des identifiants fondamentaux de ce parti. Elle se confirme et s’aggrave avec le ralliement d’une poignée de ses responsables qui, après avoir appelé à dépasser le clivage gauche droite, intègrent pour la première fois un gouvernement de droite. Le Parti communiste a vu une partie de ses dirigeants soutenir un candidat concurrent à leur secrétaire nationale. L’explosion de l’autre gauche n’a pas permis l’émergence d’une nouvelle construction politique. L’absence de stratégie efficace d’union des gauches a fait le reste. Ce paysage a réduit dramatiquement la capacité de la gauche à entraîner la société. Au final, tous candidats confondus, la gauche totalise une proportion historiquement faible des suffrages, 36%. (…) De même, l’échec de l’autre gauche renvoie principalement à l’incapacité de celle-ci à construire une force politique nouvelle lui permettant de dépasser sa division en groupes concurrents (voire chez certains le refus de principe de toute organisation politique). Jean-Luc Mélenchon ne se trompait pas lors de son intervention au meeting antilibéral de Montpellier, le 17 novembre 2006, au lendemain de la désignation de S. Royal, lorsqu’il déclarait : « Tout socialiste que je suis: je souhaite de toutes mes forces le succès de la démarche que vous avez entreprise. Je souhaite le rassemblement de la gauche représentée ici. Je souhaite qu’il aboutisse à une candidature commune car il est absolument inenvisageable, irresponsable de croire que le seul parti socialiste puisse avoir à lui tout seul, la majorité! Mais j’ajoute que si vous entrez divisés dans cette élection, vous en sortirez de ce fait même en poussières électorales».

3°) LA DEFAITE POUVAIT ETRE EVITEE

Le rétablissement de la gauche au second tour de la législative montre que la défaite présidentielle pouvait être évitée. (…) La gauche a su donner au moins une raison précise de voter pour elle, et la marteler pendant plusieurs jours d’affilée. Ensuite, ce thème a été porté par toutes les forces de gauche sans exception. Il a donc été un facteur d’unification des gauches, contrairement à plusieurs propositions de Royal à la présidentielle qui l’avaient profondément divisée. Enfin, il a porté sur la question du partage des richesses, et pointé l’injustice d’un nouveau transfert prenant dans les poches de la majorité pour financer des cadeaux aux plus riches. Totale différence là encore avec la stratégie de Royal à la présidentielle qui n’avait pas touché au tabou du partage des richesses. La moindre défaite des législatives comparée à celle de la présidentielle confirme qu’avec une autre orientation que celle de l’ordre juste, la victoire était possible.

II LA GAUCHE DAPRESLE 29 MAI 2005

On peut entendre ici ou là que le 6 mai 2007 a sonné pour la première fois le retour aux urnes des classes populaires. C’est inexact. Ce basculement s’est produit deux ans plus tôt, le 29 mai 2005. Alors qu’il était devenu un fait invariant de chaque élection, la différence du niveau d’abstention entre les bureaux de vote populaires et les bureaux des favorisés s’est ce jour-là spectaculairement réduite. (…) Fait sans précédent, alors que la participation ouvrière était jusqu’ici systématiquement et nettement inférieure à la moyenne, elle l’a dépassée légèrement. (…)Jamais avant le referendum sur la Constitution européenne (même le 10 mai 1981), on n’avait vu les ouvriers voter dans le même sens à 79%, les employés à 67%. La fonction publique (64% des salariés du public) et la jeunesse (56% des 18-24 ans) choisissaient également massivement le « non », dessinant dès lors un bloc sociologique nettement majoritaire. Hélas celui-ci n’a pas trouvé une gauche à l’image de ce choix déterminé, massif et homogène. Alors que le peuple de gauche a choisi majoritairement le « non », ses représentants sont allés majoritairement dans le sens inverse. (…)

A) LA SOUVERAINETE POPULAIRE COMME ENJEU

Lorsque s’était ouvert le débat sur la Constitution européenne, les politiques libérales dominantes en Europe avaient déjà été contestées à de multiples reprises dans notre pays, mais uniquement sur le terrain social (notamment en 2003 et en 1995). Le referendum sur la Constitution européenne lui a donné un contenu directement politique et mit au centre des débats la question de la souveraineté populaire. (…)

B) L’UNION DES GAUCHES ET L’IMPLICATION POPULAIRE COMME MOYENS

Au bloc sociologique rassemblé sur le « non » a correspondu un rassemblement politique majoritaire de l’électorat de gauche. 63% des personnes qui se disent proches du PC, du PS ou des Verts ont voté non (tandis qu’à droite, 73% des sympathisants UMP‐UDF‐MPF choisissaient le « oui »). Les électeurs de toutes les sensibilités de la gauche ont fait le même choix, celui du « non ».

La victoire du « non » au sein de la gauche et au sein du pays montre qu’un tel rassemblement est capable d’attirer et d’entraîner. (…) Cela fut le résultat d’une convergence militante sans précédent. Le maillage d’Attac est entré en campagne. Des milliers de socialistes ont pris leur place dans la bataille du « non » de gauche dès les lendemains du référendum interne au PS. Le Parti Communiste a organisé un appui militant tout à fait décisif. Les militants de la LCR n’ont pas ménagé leurs forces. La décision de la CGT a été un signal déterminant. Des syndicalistes se sont impliqués de toutes parts. Tous se sont retrouvés, avec des milliers de citoyens engagés, qui n’appartenaient pas ou plus à des formations politiques, dans les collectifs unitaires qui ont fleuri partout en France, à l’appel des 200. Ainsi, le rassemblement autour du « non » de gauche s’est réalisé en lien étroit avec la mobilisation populaire. Il s’est nourri de l’engagement civique de milliers de citoyens qui ont tenu à exercer librement leur devoir républicain au sein de collectifs pour le « non ». Pendant quelques semaines, le peuple de gauche s’est doté de la force consciente et organisée qui lui faisait jusqu’ici défaut.

C) LA DEROUTE DES IMPORTANTS

Le « non » l’a emporté contre les consignes matraquées jour et nuit par l’ensemble des « leaders d’opinion». Il l’a fait contre l’avis des médias, des partis dominants, des forces économiques. Il signa ainsi la déroute des importants. Cette prise de distance s’est nourrie de la critique salutaire engagée par des centaines de milliers de nos concitoyens contre le contenu des médias dominants et leurs manipulations parfois grossières. Quel qu’ait été leur choix, le résultat du referendum était porteur d’une leçon bien vivante pour tous les militants de gauche. Il n’y a pas de victoire politique sans bataille culturelle. (…)

III LA GAUCHE DAPRESLE 21 AVRIL 2002

 

(…) En 2002, beaucoup à gauche s’empressèrent de tourner la page, décrétant qu’il ne s’agissait que d’un accident, afin de s’épargner tout débat sur leurs propres responsabilités. Cela donna le Congrès de Dijon du Parti Socialiste. Résumé crûment, « on prend les mêmes et on recommence ». D’autres se contentèrent de ressortir des placards l’inusable « explication » de l’échec par la trahison des chefs. Et firent en sorte également de ne rien changer. Résultat : le bilan du 21 avril 2002 n’a jamais été tiré. C’est l’un des points de départ de la défaite de 2007. La qualification de l’extrême-droite au deuxième tour de l’élection présidentielle était pourtant un retentissant coup de tonnerre. Le fait qu’elle se produise après cinq ans d’un gouvernement associant socialistes, communistes et écologistes appelait une introspection rigoureuse. (…)

A) LES LIMITES DE LA GAUCHE PLURIELLE

(…)

B) L’EPUISEMENT D’UNE METHODE GOUVERNEMENTALE

Lorsque la gauche remporte les législatives de 1997, elle n’a pas de pensée construite sur la pratique du pouvoir. Cinq ans plus tard, c’est toujours le cas. (…) Une tiède vision gestionnaire domine en la matière qui a plus à voir avec les préconisations de l’ENA aux futurs hauts fonctionnaires qu’avec les ambitions de transformation sociale de la gauche. Dans cette conception, gouverner, c’est gérer, et gérer c’est d’abord éviter tout conflit qui perturberait la bonne marche des institutions en place. (…)

C) UN ANGLE MORT QUI A CONDUIT AU CRASH

(…) Le sommet de Barcelone, à quelques semaines de l’élection présidentielle, a montré les limites d’une telle stratégie. Faute de construire et de proposer une issue à la crise européenne, le gouvernement s’est résolu à tout faire pour l’éviter. Il a dû se plier aux décisions néolibérales prises par l’Union. (…)

IV LA GAUCHE DAPRESLE 9 NOVEMBRE 1989

 

9 novembre 1989 : le Mur de Berlin vient de tomber. L’événement confirme aux yeux du monde la faillite du communisme d’État. Mais le Mur n’est pas tombé sur la seule tête des communistes. Que certains socialistes aient cru que cet événement ne les concernait pas en dit long sur leur inculture. Car les conditions dans lesquelles la stratégie sociale-démocrate a été définie et mise en oeuvre depuis 1945 sont elles aussi par terre. Et cela au moment même où l’évolution du capitalisme de notre époque est déjà en train d’invalider la veille stratégie sociale-démocrate qui fait découler le progrès social des compromis passés avec le patronat dans le cadre national. Près de vingt ans après la Chute du Mur, la faillite de la social-démocratie européenne et internationale s’étale désormais sous nos yeux.

A) UNE DOUBLE FAILLITE

Si elle est masquée, la faillite de la social-démocratie est au moins aussi complète que celle du communisme d’Etat. (…) En ce moment, la moitié des gouvernements de l’Union européenne sont dirigés par des sociaux-démocrates ou les intègrent dans une coalition avec le centre ou la droite. Cela n’a pas le moindre impact, au contraire, sur une évolution progressiste et démocratique de l’Union. Pourquoi ? D’abord parce que le capitalisme a changé. Le capitalisme est de moins en moins national et de plus en plus transnational. Dans les pays qui virent naître la social-démocratie, il est de moins en moins industriel et de plus en plus financier. La social-démocratie est incapable d’appliquer ses vieilles recettes contractuelles à cette forme nouvelle. Elle savait nouer des compromis avec les représentants du capital industriel national. Mais comment négocier un droit tel que le salaire minimum avec un fond de pension, capable de transférer à tout moment son investissement dans un pays aux normes plus basses et uniquement préoccupé de rentabilité à court terme ? Ensuite parce que beaucoup des avancées sociales arrachées par la social-démocratie européenne au cours du XXe siècle ne l’auraient pas été si le spectre de la « contagion communiste » n’avait limité la gourmandise des possédants. Aujourd’hui le nouvel ordre mondial est « globalitaire ». (…)

La social-démocratie est donc impuissante. Dès lors, c’est la capitulation en rase campagne, avec l’espoir qu’un redémarrage du capitalisme national finisse par donner mécaniquement des bienfaits aux travailleurs du pays concerné, ce qui ne se produit jamais. D’autre fois, là où les relations politiques sont à leur extrême, c’est la social-démocratie qui prend en charge l’affrontement avec le peuple. On a pu en observer les conséquences au Venezuela, en Bolivie ou en Argentine : les derniers gouvernements sociaux-démocrates ont fait tirer sur les manifestations populaires. Leurs chefs sont en fuite à l’étranger. Et sur tout ce continent, c’est contre les partis sociaux-démocrates que s’est levée la vague de gauche qui déferle sur l’Amérique Latine.

B) LA BATAILLE DE L’EMANCIPATION

(…)L’émancipation n’est pas le fruit d’une nécessité aveugle : elle doit être voulue consciemment. C’est pourquoi elle ne peut être que l’oeuvre de citoyens éduqués et motivés. Les militants de l’émancipation accordent donc une place centrale à l’éducation, à la liberté de conscience, à la laïcité et aujourd’hui à la bataille culturelle contre l’enfermement idéologique dans lequel nous conduit le nouvel âge du capitalisme. L’émancipation est toujours individuelle dans le sens où chaque homme est à la fois le sujet et l’acteur de sa propre émancipation. En même temps, elle est nécessairement collective. Aucun être ne peut être libre si les conditions sociales et politiques n’en sont pas réunies. (…)

C) JAURES, REVIENS !

Comment retrouver le fil d’un projet émancipateur se fixant la perspective d’un dépassement du capitalisme après la Chute du Mur de Berlin et la faillite de la social-démocratie ? L’histoire de chaque peuple apporte une contribution spécifique à cette recherche. La France offre en partage au monde la Grande Révolution de 1789-1793 puis les acquis de la République laïque, du mouvement ouvrier et du socialisme. C’est un héritage que Jaurès a longuement pensé et revendiqué en situant le socialisme comme la réalisation complète des idéaux de la Révolution française : « le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale ».

Le projet de la République sociale recherche le dépassement du capitalisme grâce à l’appropriation par le peuple des moyens politiques et économiques permettant son émancipation. Il affronte sans détours l’urgence politique, sociale et écologique provoquée par le capitalisme de notre époque. Il vise un nouveau partage des richesses et l’adoption d’un vrai modèle de développement durable et de production maîtrisée garantissant l’accès aux droits et la préservation des biens communs de l’Humanité. Il entend créer les conditions d’une paix durable quand le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage. C’est un projet républicain, qui garantit la primauté partout de la souveraineté populaire une et indivisible, de la loi, de l’égalité laïque et du développement humain. Il constitue un horizon qui donne un sens et une direction d’ensemble aux efforts de tous pour rendre le monde meilleur, pour aller vers un développement plus humain. Il s’appuie sur des siècles de progrès humain. Parce qu’il tire les leçons des faillites jumelles du communisme d’Etat et de la social-démocratie, ce projet de transformation sociale et politique peut renouer le fil de l’ambition émancipatrice qui porte la gauche depuis plus de deux siècles.

DEUXIEME PARTIE : LA GAUCHE EN REINVENTION

I UNE AUTRE GAUCHE EST POSSIBLE

La crise à gauche n’est pas sans issue. Partout des hommes et des femmes relèvent la tête face à un système qui les opprime. Partout l’échec patent du nouvel âge du capitalisme pousse des peuples à chercher les voies d’une alternative. Partout de nouvelles gauches fleurissent. (…)

A) LA REINVENTION DE LA GAUCHE A COMMENCE

La réinvention de la gauche n’est pas qu’un slogan. Elle a lieu en ce moment même en Amérique latine, au Brésil, Venezuela, Bolivie, Equateur, Argentine… Parce que le néo-libéralisme a été appliqué dans ces pays avec une radicalité plus violente que partout ailleurs, c’est là qu’elle est la plus visible et spectaculaire. Mais ce processus se déroule également en Europe avec la naissance du parti de gauche allemand Die Linke. (…) Evidemment, lorsqu’elles parviennent au pouvoir, les nouvelles gauches latino-américaines dessinent dans leurs politiques des programmes différents. Elles n’en ont pas moins en commun quatre points fondamentaux qui visent à rompre avec les méfaits du libéralisme. Notons que chacun d’eux résonne fortement dans l’expérience européenne du nouveau parti allemand de la gauche. N’ont-ils pas un sens aussi en France ?

1°) LA REFONDATION CIVIQUE DES NATIONS GRACE A DES PROCESSUS

CONSTITUANTS

(…) Et en France ? Pouvons-nous nous satisfaire de la dérive censitaire d’une Ve République qui rogne chaque jour le débat public et prive les citoyens des moyens de se faire entendre ? La revendication d’une Sixième République n’est-elle pas le préalable du changement en profondeur auquel nous aspirons ?

2°) LA RECUPERATION DE LA SOUVERAINETE SUR LES GRANDS OUTILS DE

DEVELOPPEMENT ET LAPPROPRIATION SOCIALE DES RESSOURCES NATURELLES

(…) En Allemagne également, Die Linke fait étroitement le lien entre les enjeux écologiques et l’exigence d’appropriation sociale d’un certain nombre de secteurs. C’est ainsi qu’il met l’accent sur la nationalisation de l’énergie comme condition d’un autre mode de développement à la fois plus égalitaire et respectueux de l’environnement. Et en France ? La formation d’un pôle public de l’énergie n’est-elle pas un objectif immédiat d’action écologique, sociale et de souveraineté ?

3°) LA PRIORITE AUX PLUS PAUVRES POUR ABOLIR LAPARTHEID SOCIAL

La première réponse des nouvelles gauches latino-américaines à la pauvreté de masse n’a pas été d’abord économique ou sociale mais politique. Cette approche est résumée par la formule : « pour régler le problème de la pauvreté, il faut donner le pouvoir aux pauvres ». C’est la condition pour que l’Etat reste durablement au service du plus grand nombre. Les politiques sociales qui en résultent sont particulièrement audacieuses et globales touchant à la fois l’alimentation (Mission Mercal au Venezuela, plan Zéro faim au Brésil), l’alphabétisation de masse et l’éducation (Mission Robinson au Venezuela et en Bolivie), la santé pour tous avec des centres publics de santé et des médecins de proximité (Mission Barrio Adentro au Venezuela), le logement ou encore le soutien aux travailleurs (hausse du salaire minimum de 35% au Brésil) … Et les résultats sont tangibles : 2 millions d’adultes alphabétisés au Venezuela mais aussi une proportion de personnes vivant avec moins de 1 $ par jour (extrême dénuement) qui est passée d’après le PNUD de 14,7% à 8,3% entre 1998 et 2004. De même au Brésil, l’aide alimentaire apportée à 11 millions de familles pauvres a permis de faire passer le taux de pauvreté de 26,7% à 22,7% de la population au terme du premier mandat de Lula. (…) En Allemagne, les principales revendications du nouveau parti Die Linke sont le salaire minimum, la revalorisation des petites retraites et le rétablissement des droits des chômeurs. Là aussi, au coeur de la première puissance économique européenne, la lutte contre la pauvreté de masse est le chemin par lequel passe la rupture avec le modèle économique dominant. Et en France ? La résignation face à la pauvreté de masse n’est-elle pas la première défaite de l’esprit républicain qui se dressa dès l’origine contre la misère et le premier renoncement de la gauche à la plus élémentaire solidarité de classe ? Le relèvement du salaire minimum et des petites pensions, la récupération des 10 points de richesse nationale passés des poches du travail dans celles du capital, ne sont-ils pas à l’ordre du jour ?

4°) L’AFFIRMATION DU DROIT A DECIDER DAPRES SES PROPRES BESOINS DE

DEVELOPPEMENT FACE A LA SUPERPUISSANCE ETATSUNIENNE ET AUX

INSTITUTIONS FINANCIERES INTERNATIONALES

(…) Cela conduit le front Venezuela‐Brésil‐Argentine à refuser la libéralisation commerciale américaine et à faire capoter la proposition Etats‐unienne d’ALCA. Cela les conduit aussi à une prise d’autonomie effective face aux institutions financières internationales qui ont conduit leurs pays à la ruine : remboursements anticipés au FMI par le Venezuela et le Brésil (pour économiser les intérêts) ou même refus pur et simple d’honorer une partie de la dette par l’Argentine. (…) En Allemagne, Die Linke inscrit son action dans une refondation démocratique et sociale du cadre européen actuel. Il met au premier plan l’actualité de la lutte pour la paix face à la politique impériale des Etats‐ Unis d’Amérique.

Et en France ? Devons‐nous renoncer à l’idée que notre pays peut être le promoteur sous toutes les latitudes d’un nouvel ordre mondial respectueux du droit de chaque peuple à fixer souverainement son destin ? Pourquoi maintenons‐nous notre participation au FMI et à la Banque Mondiale ? Pourquoi n’avons‐nous aucune politique de représailles contre les paradis fiscaux ? Pourquoi acceptons‐nous l’intégration au commandement militaire intégré de l’OTAN qui joint nos forces en Afghanistan sans mandat du Parlement français ?

B) EN FRANCE, LE DEBAT EST OUVERT

En France, le débat sur la gauche d’après est enfin ouvert. (…) Si le PS devient un parti de centre gauche assumé, un parti social démocrate, il ne pourra plus regrouper que ceux qui se reconnaissent dans cette impasse. A l’évidence, ceux qui veulent prolonger l’idéal de la République sociale et de la gauche de rupture ne pourront en être. Dans ce cas, il leur faudra proposer un autre chemin.

L’autre gauche aussi est au défi. Va-t-elle maintenir sa fragmentation si désespérante et si nuisible à la gauche toute entière ? (…) Ces questions seront présentes dans les débats du congrès anticipé convoqué par le PCF pour la fin de l’année 2007. D’ores et déjà, MG Buffet a mis plusieurs hypothèses sur la table. Parmi celles-ci figure la constitution d’un « Die Linke à la française ». De leur côté, plusieurs sensibilités de l’autre gauche impliquées dans la démarche des collectifs unitaires antilibéraux se posent aussi la question d’une nouvelle construction politique. Des débats ont également lieu au sein de la LCR. Partout le besoin d’une force nouvelle à gauche fait son chemin dans les têtes.

II LA GAUCHE A BESOIN DUNE FORCE NOUVELLE

On le voit, les expériences de réinvention de la gauche ne manquent pas. Toutes convergent sur un point. La réinvention de la gauche commence avec la constitution d’une force politique nouvelle se donnant comme objectif la résolution de la crise de nos sociétés provoquée par la mondialisation libérale à travers la conquête démocratique du pouvoir grâce à la conviction du plus grand nombre. Ce qui nous manque en France, c’est bien ce lieu politique de la mise en mots partagée et en programme. Un tel lieu est la condition pour que se fabrique la nécessaire synthèse des gauches permettant sa réinvention. Un tel lieu est aussi indispensable pour que les idées de gauche deviennent une force matérielle : celle des millions de consciences qui la prendront en charge. La rénovation de la gauche aujourd’hui revendiquée par tous ne peut se mener dans le huis‐clos des organisations existantes. Elle appelle le dépassement des partis qui constituent aujourd’hui la gauche et des frontières qui la divisent depuis près d’un siècle. Car nulle part les nouvelles forces qui émergent pour remplir le vide laissé à gauche par le double échec du communisme d’Etat et de la social-démocratie ne se définissent comme la continuité d’un de ces modèles. Partout c’est une force véritablement nouvelle qui est à l’ordre du jour.

A) LA FORME PARTI N’EST PAS DEPASSEE

 

(…) C’est donc un même raisonnement qui nous conduit à penser que la forme parti n’est pas dépassée et qui nous fait dire que les formes et pratiques des partis existants à gauche doivent l’être. On doit se méfier des discours rarement concrets qui mettent en cause la forme partidaire de l’activité politique au motif que les partis existants ne sont pas satisfaisants de bien des façons. Il ne s’agit certainement pas de nier l’importance et l’efficacité des formes modernes du militantisme faites de réseaux, listes de diffusion, associations de missions. Mais de telles formes peuvent parfaitement s’inscrire dans le cadre d’une action partidaire. Il s’agit donc bien de ne pas accepter de démanteler nous-mêmes les seuls outils réellement à notre disposition pour mener un combat politiquement coordonné à la mesure des problèmes à traiter. (…)

B) UNE SYNTHESE VERITABLE

A la tribune du Congrès constitutif de Die Linke à Berlin, Gregor Gysi, l’un des principaux fondateurs de ce parti et co-président avec Oskar Lafontaine de son groupe parlementaire, s’est interrogé ainsi : « Qui sommes-nous ? ». Puis il répondit, se tournant vers le slogan de son nouveau parti « Die Linke. », « nous sommes la gauche, point. » Quelques instants plus tard, Oskar Lafontaine répondit autrement encore à la même question : « nous sommes les héritiers des sociaux-démocrates emprisonnés à l’Est, des communistes emprisonnés à l’Ouest, des militants de gauche martyrisés par le nazisme ». Dès le premier jour d’existence du nouveau parti, celui-ci fonctionnait déjà comme un lieu de synthèse, de fabrication d’une culture commune, de mise en mots de références partagées. (…) Il s’agit d’une synthèse honnête, respectueuse des histoires de chacun, constituant l’aboutissement d’un débat réel et d’une conviction véritable. Parvenir à une telle synthèse implique des conditions politiques préalables.

 

La première de celles-ci est la reconnaissance des identités et des histoires de chacun. La force nouvelle ne peut s’accommoder de la négation d’aucune de ses composantes. Dès lors qu’elle le souhaite, chacune d’elle doit pouvoir exister en tant que telle. Car tout processus qui apparaîtrait pour l’une des composantes engagées dans ce nouveau regroupement comme une liquidation ou un ralliement serait privé dès son origine de l’élan nécessaire.

La deuxième condition est que la force nouvelle ait l’ambition de s’adresser à toute la gauche. Si la volonté de travailler au dépassement des frontières qui divisent la gauche depuis près d’un siècle doit conduire à rechercher prioritairement la synthèse entre les traditions communiste, socialiste et trotskyste, celle-ci doit se donner comme objectif d’entraîner la gauche toute entière. Elle doit donc être d’abord tournée vers la société. Et notamment vers la gauche telle qu’elle est, dans sa richesse et sa diversité. Cela implique que la force nouvelle fasse toute sa place, dans ses orientations comme dans ses structures, aux militants de gauche qui ne se reconnaissent à l’heure actuelle dans aucune organisation politique, aux militants écologistes, aux apports des mouvements altermondialiste, féministe, antiraciste, aux syndicalistes, aux intellectuels, aux militants de la culture. En travaillant à une synthèse en son sein, la force nouvelle travaillera à la synthèse avec la société.

C) QUATRE IMPERATIFS POUR LA FORCE NOUVELLE

Dans les mois décisifs qui viennent, PRS engagera le débat avec tous ceux, sans exclusives, qui sans partager l’ensemble des orientations exposées dans cette résolution, se déclareront disponibles pour réinventer la gauche, dépasser le double échec du communisme d’Etat et de la social démocratie, formuler la République sociale comme alternative au capitalisme de notre époque, poser les jalons d’une force politique nouvelle candidate à l’exercice du pouvoir dans le sens des intérêts du plus grand nombre. Celle-ci devra à notre sens répondre à quatre impératifs.

Premièrement elle devra être une force de gauche. Et seulement de gauche. Car l’union à gauche est incompatible avec l’alliance au centre. (…)

Deuxièmement, la force nouvelle devra se donner comme objectif la reconquête d’une hégémonie culturelle face à l’idéologie dominante du capitalisme de notre époque en menant le combat des idées autour d’un projet politique républicain. Elle s’impliquera dans les luttes sociales qui sont souvent à la fois le premier moment de formation d’une conscience de classe et des événements qui donnent à voir une alternative possible à l’ordre actuel des choses, en cherchant à les relier à un horizon global de transformation politique et sociale conforme à l’intérêt général du pays. (…)

Troisièmement, la force nouvelle devra avoir une vocation majoritaire et gouvernementale. Elle s’efforcera de proposer à nos concitoyens un « autre vote utile » pour gouverner à gauche. Nous avons l’ambition de changer la vie vraiment. C’est pourquoi nous sommes candidats au pouvoir.

Quatrièmement, la force nouvelle sera unitaire. Elle sera par elle-même un facteur de regroupement de la gauche des ruptures aujourd’hui dispersée. Mais elle contribuera aussi à l’union des gauches, toutes les gauches, rien que les gauches. C’est ce que nous avons appelé l’union dans l’union. Elle respectera le choix des électeurs de gauche au premier tour et se rassemblera derrière le candidat le mieux placé au second. Bien sûr elle exigera la même attitude de la part de ses partenaires de gauche.

CONCLUSION

La gauche française ne manque pas d’atouts pour prendre sa place dans la réinvention de la gauche.

Elle s’appuie sur une histoire féconde. (…) Elle dispose de forces organisées capables d’impulser un tel processus pour peu qu’elles décident de s’engager dans ce sens. Elle dispose de l’expérience d’un peuple qui refusa à de nombreuses reprises de considérer l’ordre injuste du monde comme un horizon indépassable.

 

La gauche d’après est donc possible. Mais elle ne naîtra pas sans la volonté consciente d’hommes et de femmes déterminés. Dès lors c’est à chacun de ceux qui se reconnaissant dans le combat séculaire de la gauche pour l’émancipation d’écrire cette nouvelle page de son histoire. Les militants de PRS sont prêts à s’y engager de toutes leurs forces.

 

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